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Suites en mathématiques

Cours de Terminale

VIII Limite d'une suite

Dans le chapitre XI du cours de Première, nous avons observé de façon intuitive le comportement des termes un quand n devient grand : les suites (n²), (1/n), (2 + 1/n) et ((−1)n).

Dans ce chapitre, nous donnons les définitions précises. Nous retrouvons les mêmes exemples, et nous calculons à partir de quel rang les termes vérifient une condition donnée.

Dans tout le chapitre, (un) est une suite à termes réels. On ne parle de limite que lorsque n tend vers +∞.

1) Suite tendant vers +∞ ou vers −∞

a) Suite tendant vers +∞

On dit que la suite (un) tend vers +∞, ou qu'elle a pour limite +∞, si tout intervalle ]A ; +∞[, où A est un réel, contient tous les termes un à partir d'un certain rang.

On écrit limn→+∞un=+∞.

Autrement dit : pour tout réel A, il existe un entier N tel que, pour tout entier n ≥ N, on a un > A.

Le rang N dépend de A : plus A est grand, plus il faut aller loin dans la suite.

Soit la suite (un)n≥0 définie par un = n².

Prenons d'abord A = 106. Pour tout entier n ≥ 0, nous avons :

n² > 106 ⇔ n > 1000 car n ≥ 0 et la fonction carré est strictement croissante sur [0 ; +∞[.

Donc l'intervalle ]106 ; +∞[ contient tous les termes un à partir du rang 1001.

Prenons maintenant un réel A quelconque.

Si A < 0, tous les termes sont dans ]A ; +∞[ car pour tout n, n² ≥ 0 > A.

Si A ≥ 0, nous avons n² > A ⇔ n > √A. Soit N le premier entier strictement supérieur à √A. Pour tout entier n ≥ N, on a n > √A, donc n² > A.

Dans les deux cas, l'intervalle ]A ; +∞[ contient tous les termes à partir d'un certain rang, donc limn→+∞ n² = +∞.

Soit la suite (vn)n≥0 définie par vn = √n.

Prenons A = 100. Pour tout entier n ≥ 0, nous avons :

√n > 100 ⇔ n > 100² ⇔ n > 10 000.

Les termes vn sont donc supérieurs à 100 à partir du rang 10 001.

Pour un réel A ≥ 0 quelconque, √n > A ⇔ n > A², car les deux membres sont positifs et la fonction carré est strictement croissante sur [0 ; +∞[. Soit N le premier entier strictement supérieur à A². Pour tout n ≥ N, on a vn > A.

Si A < 0, tous les termes conviennent. Donc limn→+∞ √n = +∞.

Remarque : une suite qui tend vers +∞ n'est pas majorée (voir le chapitre V).

En effet, si M était un majorant, l'intervalle ]M ; +∞[ devrait contenir tous les termes à partir d'un certain rang, alors qu'il n'en contient aucun.

La réciproque est fausse. La suite définie par un = n si n est pair et un = 0 si n est impair n'est pas majorée. Mais elle ne tend pas vers +∞ : l'intervalle ]1 ; +∞[ ne contient aucun terme de rang impair.

b) Suite tendant vers −∞

On dit que la suite (un) tend vers −∞, ou qu'elle a pour limite −∞, si tout intervalle ]−∞ ; B[, où B est un réel, contient tous les termes un à partir d'un certain rang.

On écrit limn→+∞un=−∞.

Comme un < B ⇔ −un > −B, la suite (un) tend vers −∞ si et seulement si la suite (−un) tend vers +∞.

Soit la suite (wn)n≥0 définie par wn = −n².

Prenons B = −106. Pour tout entier n ≥ 0 :

−n² < −106 ⇔ n² > 106 ⇔ n > 1000.

Les termes wn sont inférieurs à −106 à partir du rang 1001.

Plus généralement, wn = −n² et (n²) tend vers +∞, donc limn→+∞ (−n²) = −∞.

2) Suite convergente

a) Définition

Soit ℓ un nombre réel. On dit que la suite (un) converge vers ℓ, ou qu'elle a pour limite ℓ, si tout intervalle ouvert contenant ℓ contient tous les termes un à partir d'un certain rang.

On écrit limn→+∞un=ℓ.

Tout intervalle ouvert contenant ℓ contient un intervalle de la forme ]ℓ − ε ; ℓ + ε[, avec ε un réel > 0. Il suffit donc de vérifier :

pour tout réel ε > 0, il existe un entier N tel que, pour tout entier n ≥ N, ℓ − ε < un < ℓ + ε, c'est-à-dire |un − ℓ| < ε.

La distance |un − ℓ| entre un et ℓ devient aussi petite que l'on veut. On retrouve la définition de la convergence vers 0 du chapitre VII du cours de Première : la suite (un) converge vers ℓ si et seulement si la suite (un − ℓ) converge vers 0.

Soit la suite (un)n≥1 définie par un = 1/n. Montrons qu'elle converge vers 0.

Prenons d'abord ε = 10−3. Comme 1/n > 0, nous avons pour tout entier n ≥ 1 :

−10−3 < 1/n < 10−3 ⇔ 1/n < 10−3 ⇔ n > 1000.

L'intervalle ]−10−3 ; 10−3[ contient donc tous les termes à partir du rang 1001.

Prenons maintenant un réel ε > 0 quelconque. Pour tout n ≥ 1, |un − 0| = 1/n et 1/n < ε ⇔ n > 1/ε.

Soit N le premier entier strictement supérieur à 1/ε. Pour tout n ≥ N, on a |un| < ε.

Donc limn→+∞ 1/n = 0.

Soit la suite (vn)n≥1 définie par vn = 2 + 1/n. Montrons qu'elle converge vers 2.

Pour tout n ≥ 1, |vn − 2| = 1/n.

Prenons ε = 0,01 : 1/n < 0,01 ⇔ n > 100. Les termes vn sont dans ]1,99 ; 2,01[ à partir du rang 101.

Pour un réel ε > 0 quelconque, |vn − 2| < ε ⇔ n > 1/ε. Comme dans l'exemple 1, tous les termes sont dans ]2 − ε ; 2 + ε[ à partir d'un certain rang.

Donc limn→+∞ (2 + 1/n) = 2.

Soit la suite (wn)n≥1 définie par wn = 1 + (−1)n/n.

w1 = 0 ; w2 = 1,5 ; w3 ≈ 0,667 ; w4 = 1,25 ; w5 = 0,8 ; w6 ≈ 1,167.

Les termes sont alternativement au-dessous et au-dessus de 1 : la suite n'est pas monotone.

Pour tout n ≥ 1, |wn − 1| = |(−1)n|/n = 1/n.

Prenons ε = 0,2 : 1/n < 0,2 ⇔ n > 5. Les termes sont dans l'intervalle ouvert ]0,8 ; 1,2[ à partir du rang 6. Le terme w5 = 0,8 n'y est pas, car l'intervalle est ouvert.

Pour un réel ε > 0 quelconque, |wn − 1| < ε ⇔ n > 1/ε, donc limn→+∞ wn = 1.

12345678910111213141500,511,52ny = 1,2y = 0,8
Les points (n ; 1 + (−1)n/n) pour n allant de 1 à 15 : à partir du rang 6, tous les points sont dans la bande comprise entre les droites d'équations y = 0,8 et y = 1,2 (en pointillés).

b) Unicité de la limite

Si une suite converge, sa limite est unique.

Démonstration

Supposons que la suite (un) converge à la fois vers ℓ et vers ℓ', avec ℓ < ℓ'.

Posons d = ℓ' − ℓ, on a d > 0. Considérons les intervalles ouverts I = ]ℓ − d/3 ; ℓ + d/3[ et J = ]ℓ' − d/3 ; ℓ' + d/3[.

On a (ℓ' − d/3) − (ℓ + d/3) = d − 2d/3 = d/3 > 0, donc ℓ + d/3 < ℓ' − d/3 : les intervalles I et J n'ont aucun point commun.

Comme (un) converge vers ℓ, il existe un rang N1 à partir duquel tous les termes sont dans I.

Comme (un) converge vers ℓ', il existe un rang N2 à partir duquel tous les termes sont dans J.

Soit n un entier supérieur à N1 et à N2. Le terme un est à la fois dans I et dans J, ce qui est impossible.

Donc ℓ = ℓ' : la limite est unique.

c) Suite divergente

Une suite qui ne converge pas est dite divergente.

Comme en Première, une suite peut diverger de deux façons :

Soit la suite (tn)n≥0 définie par tn = (−1)n. Ses termes valent 1 si n est pair et −1 si n est impair.

Montrons qu'elle ne converge pas. Supposons qu'elle converge vers un réel ℓ.

L'intervalle I = ]ℓ − 1/2 ; ℓ + 1/2[ contient alors tous les termes à partir d'un certain rang N. En particulier, tN et tN+1 sont dans I.

Or l'un de ces deux termes vaut 1 et l'autre vaut −1 : leur distance est 2. Mais deux nombres de I sont à une distance strictement inférieure à 1, la longueur de I. C'est impossible, donc la suite ne converge pas.

Elle ne tend pas non plus vers +∞, car l'intervalle ]1 ; +∞[ ne contient aucun terme. Elle ne tend pas vers −∞, car l'intervalle ]−∞ ; −1[ ne contient aucun terme.

La suite ((−1)n) est divergente et n'a pas de limite.

3) Limites de référence

On a :

  • limn→+∞ n = +∞, limn→+∞ n² = +∞, limn→+∞ n³ = +∞ et limn→+∞ √n = +∞ ;
  • limn→+∞ 1/n = 0, limn→+∞ 1/n² = 0, limn→+∞ 1/n³ = 0 et limn→+∞ 1/√n = 0.

De plus, une suite constante égale à c converge vers c.

Démonstration

Les limites de n², √n et 1/n ont été démontrées dans les exemples précédents.

Suite (n) : soit A un réel et N le premier entier strictement supérieur à A. Pour tout n ≥ N, on a n > A. Donc limn→+∞ n = +∞.

Suite (n³) : pour tout entier n ≥ 1, n³ = n × n² ≥ n. Soit A un réel et N le premier entier ≥ 1 strictement supérieur à A. Pour tout n ≥ N, on a n³ ≥ n > A. Donc limn→+∞ n³ = +∞.

Suites (1/n²) et (1/n³) : pour tout entier n ≥ 1, on a n³ ≥ n² ≥ n, d'où 0 < 1/n³ ≤ 1/n² ≤ 1/n. Soit ε > 0. À partir du rang où 1/n < ε, on a aussi 0 < 1/n² < ε et 0 < 1/n³ < ε. Donc ces deux suites convergent vers 0.

Suite (1/√n) : soit ε > 0. Pour tout n ≥ 1, 1/√n < ε ⇔ √n > 1/ε ⇔ n > 1/ε². À partir du premier entier strictement supérieur à 1/ε², tous les termes sont dans ]−ε ; ε[. Donc limn→+∞ 1/√n = 0.

Par exemple, 1/√n < 10−2 dès que n > 10 000.

Suite constante : si un = c pour tout n, alors tout intervalle ouvert contenant c contient tous les termes, dès le premier rang.

Ces limites de référence servent de base pour les opérations sur les limites (chapitre IX).

4) Algorithme de seuil

Si la suite (un) tend vers +∞, alors pour tout réel A il existe des rangs n tels que un > A. Un algorithme de seuil cherche le plus petit de ces rangs.

Cherchons le plus petit entier n tel que n² > 106. On part de n = 0 et on ajoute 1 à n tant que n² ≤ 106.

n = 0
while n**2 <= 10**6:
    n = n + 1
print(n)

Le programme affiche 1001.

Vérifions : 1000² = 1 000 000, qui n'est pas strictement supérieur à 106 ; et 1001² = 1 002 001 > 106. Comme la suite (n²) est croissante, on a aussi n² > 106 pour tout n ≥ 1001.

De même, la suite (1/n) converge vers 0. Cherchons le plus petit entier n ≥ 1 tel que 1/n < 10−3.

n = 1
while 1 / n >= 0.001:
    n = n + 1
print(n)

Le programme affiche 1001. En effet, 1/1000 = 0,001 n'est pas strictement inférieur à 0,001, et 1/1001 ≈ 0,000999 < 0,001.

Remarque : l'algorithme donne le premier rang où la condition est vérifiée. Pour affirmer que tous les termes suivants la vérifient aussi, il faut une information de plus, par exemple la monotonie de la suite (voir le chapitre VI).

Exercices

Exercice VIII.1

Soit la suite (un)n≥0 définie par un = 5 − 2n.

1) Déterminer à partir de quel rang on a un < −1000.

2) Démontrer, avec la définition, que la suite (un) tend vers −∞.

Voir la correction

Exercice VIII.2

Soit la suite (vn)n≥1 définie par vn = (n + 3)/n = n+3n.

1) Vérifier que pour tout n ≥ 1, vn = 1 + 3/n.

2) Déterminer à partir de quel rang vn appartient à l'intervalle ]0,99 ; 1,01[.

3) Démontrer, avec la définition, que la suite (vn) converge vers 1.

Voir la correction

Exercice VIII.3

Soit la suite (wn)n≥1 définie par wn = 1/n².

1) Écrire un programme Python qui affiche le plus petit entier n ≥ 1 tel que wn < 10−4.

2) Retrouver ce résultat par le calcul.

3) Justifier que wn < 10−4 pour tous les entiers n supérieurs à ce rang.

Voir la correction

Corrections

Correction de l'exercice VIII.1

1) Pour tout entier n ≥ 0 :

5 − 2n < −1000 ⇔ −2n < −1005 ⇔ n > 502,5.

On a donc un < −1000 à partir du rang 503.

Vérification : u502 = 5 − 1004 = −999 et u503 = 5 − 1006 = −1001.

2) Soit B un réel quelconque. Pour tout entier n ≥ 0 :

5 − 2n < B ⇔ −2n < B − 5 ⇔ n > (5 − B)/2.

Soit N le premier entier ≥ 0 strictement supérieur à (5 − B)/2. Pour tout n ≥ N, on a un < B.

L'intervalle ]−∞ ; B[ contient donc tous les termes à partir du rang N, et cela pour tout réel B. Donc limn→+∞ un = −∞.

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Correction de l'exercice VIII.2

1) Pour tout n ≥ 1 :

vn = (n + 3)/n = n/n + 3/n = 1 + 3/n.

2) Pour tout n ≥ 1, vn − 1 = 3/n > 0, donc vn > 1 > 0,99. Il reste à résoudre vn < 1,01 :

1 + 3/n < 1,01 ⇔ 3/n < 0,01 ⇔ n > 300.

Les termes vn sont dans ]0,99 ; 1,01[ à partir du rang 301. On a v300 = 1,01, qui n'est pas dans l'intervalle ouvert, et v301 ≈ 1,00997.

3) Soit ε un réel > 0. Pour tout n ≥ 1, |vn − 1| = 3/n et :

3/n < ε ⇔ n > 3/ε.

Soit N le premier entier strictement supérieur à 3/ε. Pour tout n ≥ N, on a |vn − 1| < ε, donc vn ∈ ]1 − ε ; 1 + ε[.

Tout intervalle ouvert contenant 1 contient un tel intervalle ]1 − ε ; 1 + ε[, donc il contient tous les termes à partir d'un certain rang. Donc limn→+∞ vn = 1.

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Correction de l'exercice VIII.3

1) On part de n = 1 et on ajoute 1 à n tant que 1/n² ≥ 10−4.

n = 1
while 1 / n**2 >= 0.0001:
    n = n + 1
print(n)

Le programme affiche 101.

2) Pour tout n ≥ 1, n² > 0, donc :

1/n² < 10−4 ⇔ n² > 104 ⇔ n > 100.

Le plus petit entier qui convient est bien 101. On a w100 = 1/10 000 = 10−4, qui n'est pas strictement inférieur à 10−4, et w101 = 1/10 201 ≈ 0,000098.

3) Pour tout entier n ≥ 101, on a n² ≥ 101² = 10 201, donc wn = 1/n² ≤ 1/10 201 < 10−4.

On retrouve ainsi que la suite (wn) converge vers 0, comme annoncé dans les limites de référence.

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