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Suites en mathématiques

Cours de Terminale

X Théorèmes de comparaison et des gendarmes

Les suites (sin n), (cos n) et ((−1)n) n'ont pas de limite. Les règles du chapitre IX ne permettent donc pas de trouver la limite de suites comme n + sin(n) ou sin(n)/n.

Dans ce cas, on compare la suite à des suites plus simples, dont on connaît la limite. Nous l'avons déjà fait dans le chapitre VII du cours de Première, en majorant |un|.

On utilise souvent les encadrements suivants, valables pour tout entier n : −1 ≤ sin(n) ≤ 1, −1 ≤ cos(n) ≤ 1 et −1 ≤ (−1)n ≤ 1.

1) Théorème de comparaison

Soit (un) et (vn) deux suites telles que un ≥ vn à partir d'un certain rang.

Si limn→+∞vn=+∞, alors limn→+∞un=+∞.

Démonstration

Par hypothèse, il existe un entier N0 tel que pour tout n ≥ N0, un ≥ vn.

Soit A un réel quelconque. Comme (vn) tend vers +∞, l'intervalle ]A ; +∞[ contient tous les termes vn à partir d'un certain rang N1 : pour tout n ≥ N1, vn > A.

Soit N le plus grand des deux entiers N0 et N1. Pour tout n ≥ N, on a à la fois un ≥ vn et vn > A, donc un > A.

L'intervalle ]A ; +∞[ contient donc tous les termes un à partir du rang N, et cela pour tout réel A. Donc limn→+∞ un = +∞.

Soit (un) et (vn) deux suites telles que un ≤ vn à partir d'un certain rang.

Si limn→+∞vn=−∞, alors limn→+∞un=−∞.

Démonstration

À partir d'un certain rang, un ≤ vn, donc −un ≥ −vn.

La suite (vn) tend vers −∞, donc la suite (−vn) tend vers +∞ (voir le chapitre VIII).

D'après le théorème précédent, la suite (−un) tend vers +∞, donc la suite (un) tend vers −∞.

Soit la suite (un)n≥0 définie par un = n + sin(n).

Pour tout entier n, sin(n) ≥ −1, donc un ≥ n − 1.

limn→+∞ (n − 1) = +∞, donc d'après le théorème de comparaison, limn→+∞ un = +∞.

Soit la suite (vn)n≥0 définie par vn = n² + (−1)n n.

Pour tout entier n, (−1)n ≥ −1 et n ≥ 0, donc (−1)n n ≥ −n. D'où :

vn ≥ n² − n = n(n − 1).

limn→+∞ n = +∞ et limn→+∞ (n − 1) = +∞, donc par produit limn→+∞ n(n − 1) = +∞.

D'après le théorème de comparaison, limn→+∞ vn = +∞.

Remarque : pour montrer qu'une suite tend vers +∞, on cherche à la minorer par une suite qui tend vers +∞. Pour montrer qu'une suite tend vers −∞, on cherche à la majorer par une suite qui tend vers −∞.

2) Théorème des gendarmes

Soit (un), (vn) et (wn) trois suites et ℓ un réel.

Si, à partir d'un certain rang, vn ≤ un ≤ wn, et si les suites (vn) et (wn) convergent toutes les deux vers ℓ, alors la suite (un) converge vers ℓ.

On l'appelle aussi théorème d'encadrement. On peut le comprendre ainsi : soit I un intervalle ouvert contenant ℓ. À partir d'un certain rang, vn et wn sont dans I. Comme un est compris entre vn et wn, il est aussi dans I.

Les deux « gendarmes » (vn) et (wn) emmènent la suite (un) vers la limite ℓ.

Soit la suite (un)n≥1 définie par un = sin(n)/n = sin⁡(n)n.

Pour tout n ≥ 1, −1 ≤ sin(n) ≤ 1. On divise par n > 0 :

−1/n ≤ un ≤ 1/n.

limn→+∞ (−1/n) = 0 et limn→+∞ 1/n = 0, donc d'après le théorème des gendarmes, limn→+∞ un = 0.

2468101214161820−1−0,500,51ny = 1/xy = −1/x
Les points (n ; sin(n)/n) pour n allant de 1 à 20 restent entre les courbes d'équations y = 1/x et y = −1/x (en pointillés), qui se rapprochent de l'axe des abscisses.

Soit la suite (vn)n≥1 définie par vn = (−1)n/n².

Pour tout n ≥ 1, −1 ≤ (−1)n ≤ 1. On divise par n² > 0 :

−1/n² ≤ vn ≤ 1/n².

limn→+∞ (−1/n²) = 0 et limn→+∞ 1/n² = 0, donc d'après le théorème des gendarmes, limn→+∞ vn = 0.

Soit la suite (wn)n≥1 définie par wn = (n + cos n)/n = n+cos⁡nn.

Pour tout n ≥ 1, −1 ≤ cos(n) ≤ 1, donc n − 1 ≤ n + cos(n) ≤ n + 1. On divise par n > 0 :

(n − 1)/n ≤ wn ≤ (n + 1)/n, c'est-à-dire 1 − 1/n ≤ wn ≤ 1 + 1/n.

limn→+∞ (1 − 1/n) = 1 et limn→+∞ (1 + 1/n) = 1, donc d'après le théorème des gendarmes, limn→+∞ wn = 1.

Remarque : le théorème C du chapitre VII du cours de Première est un cas particulier du théorème des gendarmes. Si |un| ≤ vn à partir d'un certain rang, alors −vn ≤ un ≤ vn. Si de plus (vn) converge vers 0, alors (−vn) converge aussi vers 0, et (un) converge vers 0.

3) Passage à la limite dans une inégalité

Soit (un) et (vn) deux suites convergentes, de limites respectives ℓ et ℓ'.

Si, à partir d'un certain rang, un ≤ vn, alors ℓ ≤ ℓ'.

Attention : une inégalité stricte devient large par passage à la limite. Par exemple, pour tout n ≥ 1, 1/n > 0, mais limn→+∞ 1/n = 0 n'est pas strictement positif.

En prenant pour (vn) une suite constante, on obtient la conséquence suivante.

Si la suite (un) converge vers ℓ et si, à partir d'un certain rang, un ≤ M, alors ℓ ≤ M.

De même, si à partir d'un certain rang un ≥ m, alors ℓ ≥ m.

Dans le chapitre V, nous avons montré que la suite définie par un = (2n + 1)/(n + 1) vérifie un < 2 pour tout n ≥ 0.

Pour tout n ≥ 1, on factorise par n :

un = n(2+1n)n(1+1n)=2+1n1+1n.

Donc limn→+∞ un = 2/1 = 2.

On a bien 2 ≤ 2, mais pas 2 < 2 : l'inégalité stricte un < 2 devient l'inégalité large ℓ ≤ 2.

Exercices

Exercice X.1

Déterminer la limite des suites suivantes, définies pour tout n ≥ 0 :

a) un = n² + 5 sin(n) ;

b) vn = −n + 2 cos(n).

Voir la correction

Exercice X.2

Déterminer la limite des suites suivantes :

a) (un)n≥0 définie par un = cos(n)/(n² + 1) = cos⁡(n)n2+1 ;

b) (vn)n≥0 définie par vn = (2n + (−1)n)/(n + 1) = 2n+(−1)nn+1.

Voir la correction

Exercice X.3

Pour tout entier n ≥ 1, on pose Sn = 1 + 1/√2 + 1/√3 + ... + 1/√n = ∑k=1n1k.

1) Montrer que pour tout entier k tel que 1 ≤ k ≤ n, on a 1/√k ≥ 1/√n. En déduire que Sn ≥ √n.

2) Déterminer la limite de la suite (Sn).

3) Écrire un programme Python qui affiche le plus petit entier n tel que Sn > 10. Justifier que Sn > 10 pour tous les entiers n supérieurs à ce rang.

Voir la correction

Corrections

Correction de l'exercice X.1

a) Pour tout entier n, sin(n) ≥ −1, donc 5 sin(n) ≥ −5 et :

un ≥ n² − 5.

limn→+∞ (n² − 5) = +∞, donc d'après le théorème de comparaison, limn→+∞ un = +∞.

b) Pour tout entier n, cos(n) ≤ 1, donc 2 cos(n) ≤ 2 et :

vn ≤ −n + 2.

limn→+∞ (−n + 2) = −∞, donc d'après le théorème de comparaison, limn→+∞ vn = −∞.

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Correction de l'exercice X.2

a) Pour tout entier n, −1 ≤ cos(n) ≤ 1. On divise par n² + 1 > 0 :

−1/(n² + 1) ≤ un ≤ 1/(n² + 1).

limn→+∞ (n² + 1) = +∞, donc limn→+∞ 1/(n² + 1) = 0 et limn→+∞ (−1/(n² + 1)) = 0.

D'après le théorème des gendarmes, limn→+∞ un = 0.

b) Pour tout entier n, −1 ≤ (−1)n ≤ 1, donc 2n − 1 ≤ 2n + (−1)n ≤ 2n + 1. On divise par n + 1 > 0 :

(2n − 1)/(n + 1) ≤ vn ≤ (2n + 1)/(n + 1).

Ces deux suites donnent des formes indéterminées « ∞/∞ ». Pour tout n ≥ 1, on factorise par n :

(2n − 1)/(n + 1) = (2 − 1/n)/(1 + 1/n) et (2n + 1)/(n + 1) = (2 + 1/n)/(1 + 1/n).

Par quotient, ces deux suites convergent vers 2/1 = 2 (voir le chapitre IX).

D'après le théorème des gendarmes, limn→+∞ vn = 2.

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Correction de l'exercice X.3

1) Soit k un entier tel que 1 ≤ k ≤ n. La fonction racine carrée est croissante sur [0 ; +∞[, donc 0 < √k ≤ √n. La fonction inverse est décroissante sur ]0 ; +∞[, donc 1/√k ≥ 1/√n.

La somme Sn a n termes, et chacun est supérieur ou égal à 1/√n. Donc :

Sn ≥ n × 1/√n = n/√n = √n.

2) limn→+∞ √n = +∞ et pour tout n ≥ 1, Sn ≥ √n. D'après le théorème de comparaison, limn→+∞ Sn = +∞.

3) On part de n = 0 et S = 0. Tant que S ≤ 10, on ajoute 1 à n, puis on ajoute 1/√n à S.

from math import sqrt
n = 0
S = 0
while S <= 10:
    n = n + 1
    S = S + 1 / sqrt(n)
print(n)

Le programme affiche 33. En effet, S32 ≈ 9,94 et S33 ≈ 10,12.

Pour tout n ≥ 1, Sn+1 − Sn = 1/√(n + 1) > 0, donc la suite (Sn) est croissante. Pour tout n ≥ 33, on a donc Sn ≥ S33 > 10.

Remarquons que la minoration Sn ≥ √n donnait seulement Sn > 10 pour n > 100 : elle suffit pour trouver la limite, mais elle ne donne pas le plus petit rang.

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