XII Limite de qⁿ et suites géométriques
Dans ce chapitre, q est un nombre réel et nous étudions la limite de la suite (qn)n≥0 quand n tend vers +∞.
Le résultat dépend de la position de q par rapport à −1 et à 1. Nous en déduirons la limite d'une suite géométrique et la limite de la somme 1 + q + q² + ... + qn.
1) Limite de qⁿ
a) Cas q > 1
Si q > 1, alors limn→+∞ qn = +∞.
Démonstration
Posons a = q − 1. Comme q > 1, nous avons a > 0 et q = 1 + a.
Au chapitre I, nous avons démontré par récurrence l'inégalité de Bernoulli : pour tout réel a > 0 et pour tout entier n ≥ 0, (1 + a)n ≥ 1 + na.
D'où pour tout entier n ≥ 0, qn ≥ 1 + na.
Or a > 0, donc limn→+∞ (1 + na) = +∞.
La suite (qn) est minorée, terme à terme, par une suite qui tend vers +∞. D'après le théorème de comparaison (chapitre X), limn→+∞ qn = +∞.
limn→+∞ 2n = +∞ ; limn→+∞ 1,01n = +∞.
Même si 1,01 est très proche de 1, la suite (1,01n) finit par dépasser n'importe quel nombre : par exemple 1,011000 ≈ 20 959.
b) Cas q = 1
Si q = 1, alors pour tout n, qn = 1n = 1. La suite est constante et limn→+∞ qn = 1.
c) Cas −1 < q < 1
Si −1 < q < 1, alors limn→+∞ qn = 0.
Démonstration
Si q = 0, pour tout n ≥ 1, qn = 0, et la limite est 0.
Supposons maintenant q ≠ 0. Alors 0 < |q| < 1, donc 1/|q| > 1.
D'après le cas a), limn→+∞ (1/|q|)n = +∞.
Or pour tout n, |q|n = , et l'inverse d'une suite qui tend vers +∞ tend vers 0 (chapitre IX).
D'où limn→+∞ |q|n = 0.
Pour tout n, |qn| = |q|n, donc −|q|n ≤ qn ≤ |q|n.
Les deux suites (−|q|n) et (|q|n) tendent vers 0, donc d'après le théorème des gendarmes (chapitre X), limn→+∞ qn = 0.
Comparons les suites (0,8n) et ((−0,8)n).
0,8n est toujours positif et diminue. (−0,8)n est positif pour n pair et négatif pour n impair, et pour n pair les deux suites ont le même terme.
Les deux suites tendent vers 0.
d) Cas q ≤ −1
Si q ≤ −1, la suite (qn) n'a pas de limite.
Démonstration
Si q = −1, les termes valent alternativement 1 (n pair) et −1 (n impair).
La suite n'a pas de limite finie ℓ : l'intervalle ouvert ]ℓ − 1/2 ; ℓ + 1/2[ a pour longueur 1, il ne peut pas contenir à la fois 1 et −1 qui sont distants de 2, donc il ne contient pas tous les termes à partir d'un certain rang.
La suite ne tend pas vers +∞ : l'intervalle ]1 ; +∞[ ne contient aucun terme. Elle ne tend pas non plus vers −∞ : l'intervalle ]−∞ ; −1[ ne contient aucun terme.
Si q < −1, alors q² > 1. Pour tout n, q2n = (q²)n, donc d'après le cas a), les termes de rang pair tendent vers +∞.
Et q2n+1 = q × (q²)n avec q < 0, donc les termes de rang impair tendent vers −∞.
La suite ne peut pas avoir de limite finie ℓ, car les termes de rang pair finissent par dépasser ℓ + 1. Elle ne tend pas vers +∞ car les termes de rang impair sont négatifs, et elle ne tend pas vers −∞ car les termes de rang pair sont positifs.
(−2)n : 1 ; −2 ; 4 ; −8 ; 16 ; −32 ; 64 ; ... Les termes sont de plus en plus grands en valeur absolue et changent de signe à chaque rang : la suite n'a pas de limite.
e) Tableau récapitulatif
| valeur de q | q ≤ −1 | −1 < q < 1 | q = 1 | q > 1 |
|---|---|---|---|---|
| limn→+∞ qn | pas de limite | 0 | 1 | +∞ |
2) Limite d'une suite géométrique
Soit (un)n≥0 une suite géométrique de premier terme u0 ≠ 0 et de raison q. Pour tout n, un = u0 × qn.
En multipliant les résultats du paragraphe 1) par la constante u0 (chapitre IX), nous obtenons :
Soit la suite géométrique un = u0 × qn avec u0 ≠ 0 :
- si q > 1, la suite tend vers +∞ si u0 > 0, et vers −∞ si u0 < 0 ;
- si q = 1, la suite est constante égale à u0 ;
- si −1 < q < 1, la suite converge vers 0 ;
- si q ≤ −1, la suite n'a pas de limite.
un = 3 × 1,2n : q = 1,2 > 1 et u0 = 3 > 0, donc limn→+∞ un = +∞.
vn = −5 × 0,4n : −1 < 0,4 < 1, donc limn→+∞ vn = 0.
wn = −2 × 1,5n : q = 1,5 > 1 et w0 = −2 < 0, donc limn→+∞ wn = −∞.
tn = 4 × (−3)n : q = −3 ≤ −1, donc la suite (tn) n'a pas de limite.
3) Somme des termes d'une suite géométrique et limite
Pour q ≠ 1 et pour tout entier n ≥ 0, nous savons (voir la page somme des termes d'une suite géométrique) que :
1 + q + q² + ... + qn = .
Si −1 < q < 1, alors limn→+∞ (1 + q + q² + ... + qn) = .
Démonstration
Si −1 < q < 1, d'après le paragraphe 1), limn→+∞ qn+1 = 0.
D'où limn→+∞ (1 − qn+1) = 1, et comme 1 − q est une constante non nulle,
limn→+∞ (1 − qn+1) / (1 − q) = 1 / (1 − q).
Soit Sn = 1 + 1/2 + 1/4 + ... + 1/2n, c'est la somme des termes d'une suite géométrique de raison q = 1/2.
Sn = = 2 × (1 − (1/2)n+1) = 2 − (1/2)n.
Or limn→+∞ (1/2)n = 0, donc limn→+∞ Sn = 2 = 1 / (1 − 1/2).
Les valeurs S0 = 1 ; S1 = 1,5 ; S2 = 1,75 ; S3 = 1,875 ; S4 = 1,9375 se rapprochent de 2 : à chaque étape, on ajoute la moitié de ce qui manque pour atteindre 2.
Remarque : si q ≥ 1, la somme tend vers +∞. Pour q = 1, la somme vaut n + 1 ; pour q > 1, qn+1 tend vers +∞ et 1 − q < 0, donc (1 − qn+1) / (1 − q) tend vers +∞.
4) Algorithme de seuil
La suite (0,95n) tend vers 0 car −1 < 0,95 < 1. Elle est décroissante, car 0,95n+1 = 0,95 × 0,95n < 0,95n.
Il existe donc un rang à partir duquel 0,95n < 0,01. Cherchons le plus petit entier n tel que 0,95n < 0,01.
n = 0
u = 1
while u >= 0.01:
u = u * 0.95
n = n + 1
print(n)Au départ u = 0,950 = 1. Tant que u ≥ 0,01, on multiplie u par 0,95 et on augmente n de 1 : à chaque tour, u contient 0,95n.
La boucle s'arrête dès que u < 0,01, et le programme affiche 90.
Vérifions à la calculatrice : 0,9589 ≈ 0,0104, qui est encore supérieur à 0,01 ; et 0,9590 ≈ 0,0099 < 0,01.
Le plus petit entier n tel que 0,95n < 0,01 est donc n = 90. Comme la suite est décroissante, nous avons aussi 0,95n < 0,01 pour tout n ≥ 90.
Exercices
Exercice XII.1
Déterminer la limite de chacune des suites définies pour tout n ∈ ℕ par :
a) un = 4 × 0,7n + 2 ;
b) vn = 3n − 2n ;
c) wn = ;
d) tn = .
Exercice XII.2
1) Calculer, pour tout n ∈ ℕ, Sn = 1 + 1/3 + 1/9 + ... + 1/3n, puis la limite de Sn.
2) Pour tout entier n ≥ 1, on pose Tn = 0,9 + 0,09 + 0,009 + ... + 9/10n = 0,99...9 (n chiffres 9 après la virgule). Calculer Tn en fonction de n, puis la limite de Tn.
Exercice XII.3
On injecte à un patient 200 mg d'un médicament. Chaque heure, la quantité de médicament présente dans le sang diminue de 20 %. On note mn la quantité (en mg) présente au bout de n heures, avec m0 = 200.
1) Exprimer mn+1 en fonction de mn, puis mn en fonction de n.
2) Déterminer la limite de la suite (mn).
3) Écrire un programme qui affiche le nombre d'heures à partir duquel la quantité devient inférieure à 1 mg, et donner le résultat.
Corrections
Correction de l'exercice XII.1
a) −1 < 0,7 < 1, donc limn→+∞ 0,7n = 0, d'où limn→+∞ 4 × 0,7n = 0 et limn→+∞ un = 2.
b) 3n et 2n tendent tous les deux vers +∞ : c'est une forme indéterminée « ∞ − ∞ ». Factorisons par le terme le plus grand, 3n :
vn = 3n × (1 − 2n/3n) = 3n × (1 − (2/3)n).
Or −1 < 2/3 < 1, donc limn→+∞ (2/3)n = 0 et limn→+∞ (1 − (2/3)n) = 1.
Et 3 > 1, donc limn→+∞ 3n = +∞. Par produit, limn→+∞ vn = +∞.
c) wn = 2n/4n + 3n/4n = (1/2)n + (3/4)n.
Les deux raisons 1/2 et 3/4 sont strictement comprises entre −1 et 1, donc limn→+∞ wn = 0 + 0 = 0.
d) tn = (−2/3)n et −1 < −2/3 < 1, donc limn→+∞ tn = 0.
Correction de l'exercice XII.2
1) Sn est la somme des termes d'une suite géométrique de raison q = 1/3 ≠ 1 :
Sn = (1 − (1/3)n+1) / (1 − 1/3) = 3/2 × (1 − (1/3)n+1).
Or −1 < 1/3 < 1, donc limn→+∞ (1/3)n+1 = 0 et limn→+∞ Sn = 3/2.
2) Tn = 0,9 × (1 + 0,1 + 0,01 + ... + 0,1n−1), la parenthèse contient n termes d'une suite géométrique de raison 0,1 :
Tn = 0,9 × (1 − 0,1n) / (1 − 0,1) = 0,9 × (1 − 0,1n) / 0,9 = 1 − 0,1n.
Par exemple T3 = 1 − 0,001 = 0,999.
Or −1 < 0,1 < 1, donc limn→+∞ 0,1n = 0 et limn→+∞ Tn = 1.
C'est ce que l'on exprime en écrivant 0,999... = 1 : le nombre qui s'écrit avec une infinité de chiffres 9 après la virgule est égal à 1.
Correction de l'exercice XII.3
1) Diminuer de 20 % revient à multiplier par 1 − 0,20 = 0,8. Donc pour tout n ∈ ℕ, mn+1 = 0,8 mn.
La suite (mn) est géométrique de premier terme m0 = 200 et de raison 0,8, donc pour tout n ∈ ℕ, mn = 200 × 0,8n.
2) −1 < 0,8 < 1, donc limn→+∞ 0,8n = 0 et limn→+∞ mn = 0.
3) Un programme possible :
n = 0
m = 200
while m >= 1:
m = m * 0.8
n = n + 1
print(n)Le programme affiche 24. En effet m23 = 200 × 0,823 ≈ 1,18 ≥ 1 et m24 = 200 × 0,824 ≈ 0,94 < 1.
La suite est décroissante, donc la quantité de médicament est inférieure à 1 mg à partir de 24 heures.