Nombres complexes et suites
Les nombres complexes ne servent pas seulement à résoudre des équations. Ils permettent aussi de définir des suites dont les termes sont des nombres complexes, et d'étudier plus facilement certaines suites à termes réels.
Dans cette page, nous utilisons la forme algébrique, le module et l'argument et la forme exponentielle d'un nombre complexe.
suites à termes complexes - suites géométriques complexes - application à la suite de Fibonacci - algorithme - exercices
1) Suites à termes complexes
Une suite à termes complexes (zn) associe à chaque entier naturel n un nombre complexe zn. Pour tout n, on note zn = xn + i yn avec xn et yn réels : xn est la partie réelle de zn et yn sa partie imaginaire.
Une suite à termes complexes définit donc deux suites à termes réels : la suite (xn) des parties réelles et la suite (yn) des parties imaginaires.
Dans le plan complexe, on peut représenter la suite par les points Mn d'affixe zn, c'est-à-dire de coordonnées (xn ; yn).
On dit que la suite (zn) converge vers le nombre complexe ℓ lorsque la suite réelle (|zn − ℓ|) tend vers 0, c'est-à-dire lorsque la distance entre le point Mn et le point d'affixe ℓ tend vers 0.
Soit ℓ = a + ib avec a et b réels. La suite (zn) = (xn + i yn) converge vers ℓ si et seulement si la suite (xn) converge vers a et la suite (yn) converge vers b.
Pour étudier la convergence d'une suite à termes complexes, il suffit donc d'étudier deux suites à termes réels.
Soit la suite définie pour tout n ∈ ℕ par zn = + i(3 + 0,5n).
La partie réelle est xn = 1/(n + 1), qui tend vers 0.
La partie imaginaire est yn = 3 + 0,5n. Comme −1 < 0,5 < 1, la suite (0,5n) tend vers 0 (voir la limite de qn), donc yn tend vers 3.
La suite (zn) converge donc vers 0 + 3i = 3i.
Soit la suite définie pour tout n ∈ ℕ par zn = in.
On a z0 = 1, z1 = i, z2 = i² = −1, z3 = i³ = −i, z4 = i4 = 1, et les termes se répètent ensuite.
La suite des parties réelles est 1, 0, −1, 0, 1, 0, −1, … : elle n'a pas de limite. La suite (in) ne converge donc pas.
2) Suites géométriques complexes
Soit q un nombre complexe. Une suite (zn) à termes complexes est géométrique de raison q si pour tout entier n, zn+1 = q × zn.
Comme pour les suites géométriques réelles, on montre par récurrence que pour tout entier n, zn = z0 × qn.
Module et argument des termes
Le module d'un produit est le produit des modules, donc |zn| = |z0 × qn| = |z0| × |q|n.
Si z0 ≠ 0 et q ≠ 0, un argument d'un produit est la somme des arguments, donc arg(zn) = arg(z0) + n arg(q) à 2π près.
Soit (zn) la suite géométrique de premier terme z0 ≠ 0 et de raison q ≠ 0. Pour tout entier n :
- |zn| = |z0| × |q|n ;
- arg(zn) = arg(z0) + n arg(q) à 2π près.
Autrement dit, pour passer du point Mn au point Mn+1, on tourne autour de l'origine O d'un angle égal à arg(q) et on multiplie la distance à O par |q|.
La suite (|zn|) est une suite géométrique réelle de raison |q| ≥ 0. Sa limite est donnée par la limite de qn :
- si |q| < 1, |zn| tend vers 0 : les points Mn tournent autour de O en s'en approchant, ils dessinent une spirale, et la suite (zn) converge vers 0 ;
- si |q| = 1, |zn| = |z0| pour tout n : les points Mn restent sur le cercle de centre O et de rayon |z0| ;
- si |q| > 1, |zn| tend vers +∞ : les points Mn tournent en s'éloignant de O.
Exemple : une spirale qui s'enroule vers O
Soit (zn) la suite géométrique de premier terme z0 = 4 et de raison q = .
Calculons le module de q :
|q| = √((1/2)² + (1/2)²) = √(1/4 + 1/4) = √(1/2) = √2/2.
Calculons un argument θ de q :
cos θ = (1/2) ÷ (√2/2) = 1/√2 = √2/2 et sin θ = (1/2) ÷ (√2/2) = √2/2, donc θ = π/4.
On a donc q = (√2/2) eiπ/4 et, pour tout n, zn = 4 × (√2/2)n einπ/4.
Calculons les premiers termes avec la relation zn+1 = q × zn :
z1 = 4 × (1 + i)/2 = 2 + 2i ;
z2 = (2 + 2i)(1 + i)/2 = (2 + 2i + 2i + 2i²)/2 = 4i/2 = 2i ;
z3 = 2i(1 + i)/2 = i + i² = −1 + i ;
z4 = (−1 + i)(1 + i)/2 = (−1 − i + i + i²)/2 = −2/2 = −1 ;
z5 = −(1 + i)/2 = −1/2 − i/2 ;
z6 = −(1 + i)²/4 = −2i/4 = −i/2 ;
z7 = −i(1 + i)/4 = (−i − i²)/4 = 1/4 − i/4 ;
z8 = (1 − i)(1 + i)/8 = (1 − i²)/8 = 2/8 = 1/4 ;
z9 = (1 + i)/8 = 1/8 + i/8 ;
z10 = (1 + i)²/16 = 2i/16 = i/8.
On vérifie la formule du module : |z8| = 4 × (√2/2)8 = 4 × 24/28 = 4/16 = 1/4, et un argument de z8 est 8 × π/4 = 2π : z8 est bien le réel positif 1/4.
À chaque étape, le point tourne d'un huitième de tour (π/4) et sa distance à O est multipliée par √2/2 ≈ 0,707. Comme |q| < 1, la suite (zn) converge vers 0.
Cas où |q| = 1
Si |q| = 1, on peut écrire q = eiθ avec θ réel, et zn = z0 einθ. Tous les points Mn sont sur le cercle de centre O et de rayon |z0|.
Si de plus θ = 2π/m avec m entier ≥ 1, alors qm = e2iπ = 1 : q est une racine m-ième de l'unité. On a alors zn+m = zn × qm = zn pour tout n : la suite est périodique de période m et les points M0, M1, …, Mm−1 sont les sommets d'un polygone régulier à m côtés.
Avec z0 = 1 et q = i = eiπ/2, on retrouve la suite (in) : 1, i, −1, −i, 1, i, … Elle est périodique de période 4 et les points M0, M1, M2, M3 sont les sommets d'un carré.
Cas où |q| > 1
Avec z0 = 1 et q = 1 + i, on a |q| = √(1 + 1) = √2 > 1 et un argument de q est π/4.
Donc |zn| = (√2)n, qui tend vers +∞ : les points tournent de π/4 à chaque étape en s'éloignant de O. Par exemple z8 = (1 + i)8 = ((1 + i)²)4 = (2i)4 = 16.
Somme des termes d'une suite géométrique complexe
La démonstration de la somme des termes d'une suite géométrique n'utilise que les règles de calcul de l'addition et de la multiplication. Elle reste donc valable dans ℂ.
Soit q un nombre complexe et S = 1 + q + q² + … + qn.
q × S = q + q² + … + qn + qn+1 ;
S − q × S = 1 − qn+1, car tous les autres termes se simplifient ;
S(1 − q) = 1 − qn+1.
Pour tout nombre complexe q ≠ 1 et pour tout entier naturel n, 1 + q + q² + … + qn = .
Avec q = (1 + i)/2, calculons S = 1 + q + q² + q³.
On a vu que q² = i/2, donc q4 = (i/2)² = −1/4.
S = (1 − q4)/(1 − q) = (1 + 1/4) ÷ ((1 − i)/2) = (5/4) × 2/(1 − i) = (5/2) × (1 + i)/((1 − i)(1 + i)) = (5/2) × (1 + i)/2 = 5/4 + (5/4)i.
On vérifie directement : 1 + (1 + i)/2 + i/2 + (−1 + i)/4 = (1 + 1/2 − 1/4) + i(1/2 + 1/2 + 1/4) = 5/4 + (5/4)i.
Comme |q| < 1, |qn+1| = |q|n+1 tend vers 0, donc la somme 1 + q + … + qn converge vers 1/(1 − q) = 2/(1 − i) = 2(1 + i)/2 = 1 + i.
3) Application aux suites de Fibonacci
La formule de Binet
La suite de Fibonacci est définie par F0 = 0, F1 = 1 et, pour tout entier n, Fn+2 = Fn+1 + Fn.
Cherchons les suites géométriques (rn), avec r ≠ 0, qui vérifient cette relation :
rn+2 = rn+1 + rn ;
rn(r² − r − 1) = 0 ;
r² = r + 1.
L'équation x² = x + 1 est appelée l'équation caractéristique de la relation Fn+2 = Fn+1 + Fn.
Son discriminant est Δ = (−1)² − 4 × 1 × (−1) = 5 > 0. Elle a deux racines réelles :
Φ = (1 + √5)/2 (le nombre d'or) et φ' = (1 − √5)/2.
Nous admettons, comme sur la page de la suite de Fibonacci, que toute suite de la forme λΦn + µφ'n vérifie la même relation de récurrence. Cette page démontre que les conditions F0 = 0 et F1 = 1 donnent µ = 1/√5 pour Φn et λ = −1/√5 pour φ'n.
Pour tout entier naturel n, Fn = .
Vérifions pour n = 2 : Φ² − φ'² = (Φ − φ')(Φ + φ') = √5 × 1 = √5, donc F2 = √5/√5 = 1.
Quand l'équation caractéristique a des racines complexes
La même méthode s'applique à toute relation un+2 = a un+1 + b un : on cherche les racines de l'équation caractéristique x² = ax + b. Lorsque le discriminant est négatif, les racines sont deux nombres complexes conjugués (voir les équations du second degré dans ℂ), et les nombres complexes deviennent indispensables, même si tous les termes de la suite sont réels.
Soit (un) la suite définie par u0 = 1, u1 = 1 et, pour tout entier n, un+2 = un+1 − un.
Calculons les premiers termes :
u2 = u1 − u0 = 1 − 1 = 0 ;
u3 = u2 − u1 = 0 − 1 = −1 ;
u4 = u3 − u2 = −1 − 0 = −1 ;
u5 = u4 − u3 = −1 − (−1) = 0 ;
u6 = u5 − u4 = 0 − (−1) = 1 ;
u7 = u6 − u5 = 1 − 0 = 1.
On retrouve u6 = u0 et u7 = u1 : comme chaque terme ne dépend que des deux précédents, la suite se répète. Ses termes sont 1, 1, 0, −1, −1, 0, 1, 1, 0, … : elle est périodique de période 6.
Expliquons ce résultat avec les nombres complexes. L'équation caractéristique est x² = x − 1, soit x² − x + 1 = 0.
Son discriminant est Δ = (−1)² − 4 × 1 × 1 = −3 < 0. Elle a deux racines complexes conjuguées :
r = (1 + i√3)/2 et r̄ = (1 − i√3)/2.
|r| = √(1/4 + 3/4) = 1, cos θ = 1/2 et sin θ = √3/2, donc r = eiπ/3 et r̄ = e−iπ/3.
Ces deux racines vérifient r6 = e6iπ/3 = e2iπ = 1 et de même r̄6 = 1 : ce sont des racines sixièmes de l'unité.
Nous admettons que un = λrn + µr̄n pour deux nombres complexes λ et µ. Alors un+6 = λrnr6 + µr̄nr̄6 = λrn + µr̄n = un : c'est pour cela que la suite est périodique de période 6.
Déterminons λ et µ avec u0 = 1 et u1 = 1 :
u0 = λ + µ = 1, donc µ = 1 − λ ;
u1 = λr + (1 − λ)r̄ = 1, donc λ(r − r̄) = 1 − r̄.
Or r − r̄ = i√3 et 1 − r̄ = 1/2 + i√3/2 = r, donc λ = r/(i√3) = (1/2 + i√3/2) × (−i)/√3 = (√3/2 − i/2)/√3 = 1/2 − i√3/6.
Et µ = 1 − λ = 1/2 + i√3/6 : µ est le conjugué de λ.
Le terme µr̄n est donc le conjugué de λrn, et un = 2 × Re(λrn). En développant λrn = (1/2 − i√3/6)(cos(nπ/3) + i sin(nπ/3)), on obtient :
un = cos(nπ/3) + (√3/3) sin(nπ/3).
Vérifions pour n = 4 : u4 = cos(4π/3) + (√3/3) sin(4π/3) = −1/2 + (√3/3) × (−√3/2) = −1/2 − 1/2 = −1.
On peut aussi démontrer la périodicité sans nombres complexes : pour tout n, un+3 = un+2 − un+1 = (un+1 − un) − un+1 = −un, donc un+6 = −un+3 = un.
4) Algorithme
En Python, le nombre i s'écrit 1j. Le module cmath contient la fonction polar qui renvoie le module et un argument (dans ]−π ; π]) d'un nombre complexe.
Le programme suivant calcule les termes z0 à z8 de la suite géométrique de premier terme z0 = 4 et de raison q = (1 + i)/2, et affiche pour chacun son module et son argument arrondis à 10−4.
import cmath
z0 = 4
q = (1 + 1j) / 2
z = z0
for n in range(9):
r, theta = cmath.polar(z)
print(n, z, round(r, 4), round(theta, 4))
z = z * qLe programme affiche :
0 4 4.0 0.0
1 (2+2j) 2.8284 0.7854
2 2j 2.0 1.5708
3 (-1+1j) 1.4142 2.3562
4 (-1+0j) 1.0 3.1416
5 (-0.5-0.5j) 0.7071 -2.3562
6 -0.5j 0.5 -1.5708
7 (0.25-0.25j) 0.3536 -0.7854
8 (0.25+0j) 0.25 0.0On retrouve les termes calculés plus haut. Les modules 4 ; 2,8284 ; 2 ; 1,4142 ; … sont multipliés par √2/2 ≈ 0,7071 à chaque étape.
Les arguments augmentent de π/4 ≈ 0,7854 à chaque étape : 0, π/4, π/2, 3π/4, π. Ensuite cmath.polar donne l'argument compris entre −π et π : pour z5, on lit −2,3562 = −3π/4, qui est égal à 5π/4 à 2π près.
Exercices
Exercice 1
Soit (zn) la suite géométrique de premier terme z0 = 2 et de raison q = √3/2 + i/2.
1) Déterminer le module et un argument de q.
2) Écrire zn sous forme exponentielle. Que peut-on dire des points Mn d'affixe zn ?
3) Montrer que pour tout entier n, zn+12 = zn.
4) En déduire z100 sous forme algébrique.
5) Calculer la somme z0 + z1 + … + z11.
Exercice 2
Soit (un) la suite définie par u0 = 1, u1 = 1 et, pour tout entier n, un+2 = 2un+1 − 2un.
1) Calculer les termes u2 à u8.
2) Résoudre dans ℂ l'équation caractéristique x² = 2x − 2, et écrire ses solutions sous forme exponentielle.
3) On admet qu'il existe deux nombres complexes λ et µ tels que pour tout n, un = λ(1 + i)n + µ(1 − i)n. Déterminer λ et µ.
4) En déduire que pour tout n, un = (√2)n cos(nπ/4), puis calculer u8k pour tout entier k.
Corrections
Correction de l'exercice 1
1) |q| = √((√3/2)² + (1/2)²) = √(3/4 + 1/4) = √1 = 1.
Un argument θ de q vérifie cos θ = √3/2 et sin θ = 1/2, donc θ = π/6.
2) q = eiπ/6, donc zn = z0 × qn = 2einπ/6.
Pour tout n, |zn| = 2 : les points Mn sont sur le cercle de centre O et de rayon 2. On passe de Mn à Mn+1 en tournant de π/6 autour de O.
3) zn+12 = 2ei(n+12)π/6 = 2einπ/6 × e12iπ/6 = zn × e2iπ = zn × 1 = zn.
La suite est périodique de période 12 : les points M0 à M11 sont les sommets d'un dodécagone régulier.
4) 100 = 12 × 8 + 4, donc z100 = z4 = 2e4iπ/6 = 2e2iπ/3.
z100 = 2(cos(2π/3) + i sin(2π/3)) = 2(−1/2 + i√3/2) = −1 + i√3.
5) q ≠ 1, donc z0 + z1 + … + z11 = 2(1 + q + … + q11) = 2 × (1 − q12)/(1 − q).
Or q12 = e2iπ = 1, donc la somme est égale à 2 × 0/(1 − q) = 0.
Correction de l'exercice 2
1) u2 = 2 × 1 − 2 × 1 = 0 ;
u3 = 2 × 0 − 2 × 1 = −2 ;
u4 = 2 × (−2) − 2 × 0 = −4 ;
u5 = 2 × (−4) − 2 × (−2) = −8 + 4 = −4 ;
u6 = 2 × (−4) − 2 × (−4) = 0 ;
u7 = 2 × 0 − 2 × (−4) = 8 ;
u8 = 2 × 8 − 2 × 0 = 16.
2) x² = 2x − 2 équivaut à x² − 2x + 2 = 0. Le discriminant est Δ = (−2)² − 4 × 1 × 2 = 4 − 8 = −4 < 0.
Les solutions sont (2 + 2i)/2 = 1 + i et (2 − 2i)/2 = 1 − i.
|1 + i| = √2, et un argument θ vérifie cos θ = 1/√2 = √2/2 et sin θ = √2/2, donc θ = π/4.
Donc 1 + i = √2 eiπ/4 et, en prenant le conjugué, 1 − i = √2 e−iπ/4.
3) u0 = λ + µ = 1 et u1 = λ(1 + i) + µ(1 − i) = (λ + µ) + i(λ − µ) = 1.
Comme λ + µ = 1, la deuxième égalité donne 1 + i(λ − µ) = 1, donc λ − µ = 0.
D'où λ = µ = 1/2.
4) un = (1/2)(√2)n(einπ/4 + e−inπ/4).
Or einπ/4 + e−inπ/4 = cos(nπ/4) + i sin(nπ/4) + cos(nπ/4) − i sin(nπ/4) = 2cos(nπ/4).
Donc un = (√2)n cos(nπ/4).
On vérifie avec la question 1) : u4 = (√2)4 cos(π) = 4 × (−1) = −4.
Pour n = 8k : (√2)8k = 24k = 16k et cos(8kπ/4) = cos(2kπ) = 1, donc u8k = 16k.
On retrouve u0 = 1 et u8 = 16.