Module et argument d'un nombre complexe
Dans toute cette page, le plan complexe est muni d'un repère orthonormé direct (O ; u⃗, v⃗). On a vu dans la page construction de ℂ qu'à tout nombre complexe z = a + ib on associe le point M(a ; b).
La forme algébrique donne les coordonnées de M. Le module et l'argument donnent une autre façon de repérer M : sa distance à l'origine O et un angle.
1) Module d'un nombre complexe
Soit z = a + ib un nombre complexe, avec a et b réels. On appelle module de z le réel positif noté |z| défini par .
Si M est le point d'affixe z, le triangle formé par O, M et le point H(a ; 0) est rectangle en H. Les côtés de l'angle droit mesurent |a| et |b|. D'après le théorème de Pythagore :
OM² = a² + b², donc OM = √(a² + b²) = |z|.
Le module de z est la distance OM entre l'origine O et le point M d'affixe z.
|4 + 3i| = √(4² + 3²) = √(16 + 9) = √25 = 5.
|1 + i| = √(1² + 1²) = √2.
|−2i| = √(0² + (−2)²) = √4 = 2.
|−5| = √((−5)² + 0²) = √25 = 5.
Lorsque z = a est réel, |z| = √(a²) est la valeur absolue de a. La notation du module prolonge donc celle de la valeur absolue.
Pour tout nombre complexe z :
- ;
- |z| = 0 si, et seulement si, z = 0.
En effet, avec z = a + ib, on a vu dans la page forme algébrique que z × = a² + b² = |z|². Et a² + b² = 0 seulement si a = 0 et b = 0.
Distance entre deux points
Soient A et B deux points d'affixes zA et zB. Le vecteur AB⃗ a pour coordonnées (xB − xA ; yB − yA), donc il a pour affixe zB − zA.
La distance AB est égale au module de zB − zA : AB = |zB − zA|.
Soient A d'affixe 1 − i et B d'affixe 3 + i.
zB − zA = (3 + i) − (1 − i) = 2 + 2i ;
AB = |2 + 2i| = √(4 + 4) = √8 = 2√2.
2) Propriétés du module
Pour tous nombres complexes z et z', et pour tout entier naturel n ≥ 1 :
- et |−z| = |z| ;
- |z × z'| = |z| × |z'| ;
- |zn| = |z|n ;
- si z ≠ 0, ;
- si z' ≠ 0, .
Démonstration
Posons z = a + ib. Alors = a − ib et −z = −a − ib, donc :
|| = √(a² + (−b)²) = √(a² + b²) = |z| et |−z| = √((−a)² + (−b)²) = |z|.
Pour le produit, on utilise |z|² = z × et le conjugué d'un produit :
|zz'|² = zz' × = z × z' × × = (z) × (z') = |z|² × |z'|².
Les nombres |zz'| et |z| × |z'| sont des réels positifs qui ont le même carré, donc ils sont égaux.
La propriété des puissances s'en déduit par récurrence.
Pour l'inverse, si z ≠ 0, on a z × (1/z) = 1, donc |z| × |1/z| = |1| = 1, d'où |1/z| = 1/|z|.
Enfin, z/z' = z × (1/z'), donc |z/z'| = |z| × 1/|z'| = |z|/|z'|.
Avec les propriétés, on calcule un module sans écrire la forme algébrique.
|(1 + i)6| = |1 + i|6 = (√2)6 = 23 = 8.
|(3 + 4i)/(1 − i)| = |3 + 4i| / |1 − i| = 5/√2 = 5√2/2.
Attention : le module d'une somme n'est pas, en général, la somme des modules. Par exemple |1 + i| = √2 alors que |1| + |i| = 1 + 1 = 2.
Inégalité triangulaire (admise) : pour tous nombres complexes z et z', |z + z'| ≤ |z| + |z'|.
Si M a pour affixe z et si le vecteur MN⃗ a pour affixe z', le point N a pour affixe z + z'. L'inégalité dit simplement que ON ≤ OM + MN : le chemin direct de O à N est plus court que le chemin qui passe par M.
3) Argument d'un nombre complexe non nul
Soit z un nombre complexe non nul et M le point d'affixe z. On appelle argument de z toute mesure θ, en radians, de l'angle orienté (u⃗ ; OM⃗). On note arg(z) = θ [2π].
Un angle orienté a une infinité de mesures, qui diffèrent d'un multiple de 2π. Si θ est un argument de z, alors θ + 2π, θ − 2π, θ + 4π, … sont aussi des arguments de z. On dit que l'argument est défini à 2π près, ce que l'on note [2π].
La mesure qui se trouve dans l'intervalle ]−π ; π] s'appelle la mesure principale de l'argument.
Le nombre 0 n'a pas d'argument : si z = 0, le point M est en O et le vecteur OM⃗ est nul, il n'y a pas d'angle.
On lit directement sur le plan complexe :
- si z est un réel strictement positif, M est sur la demi-droite [Ox) et arg(z) = 0 [2π] ;
- si z est un réel strictement négatif, arg(z) = π [2π] ;
- si z = ib avec b > 0, M est sur l'axe imaginaire, au-dessus de O, et arg(z) = π/2 [2π] ;
- si z = ib avec b < 0, arg(z) = −π/2 [2π].
Par exemple arg(3) = 0, arg(−2) = π, arg(5i) = π/2 et arg(−i) = −π/2, à 2π près.
4) Calcul d'un argument
Soit z = a + ib un nombre complexe non nul, de module r = |z|, et M son point image. Le point M est sur le cercle de centre O et de rayon r.
Si θ est une mesure de l'angle (u⃗ ; OM⃗), le point N de la demi-droite [OM) tel que ON = 1 est sur le cercle trigonométrique. Ses coordonnées sont (cos θ ; sin θ). Comme OM⃗ = r × ON⃗, les coordonnées de M sont (r cos θ ; r sin θ).
On a donc a = r cos θ et b = r sin θ.
Soit z = a + ib un nombre complexe non nul, avec a et b réels, et r = |z|. Le réel θ est un argument de z si, et seulement si :
et .
Pour trouver un argument de z = a + ib : on calcule |z|, puis cos θ = a/|z| et sin θ = b/|z|, et on cherche un angle θ qui a ce cosinus et ce sinus.
Il faut connaître les valeurs remarquables du cosinus et du sinus :
| θ | 0 | π/6 | π/4 | π/3 | π/2 |
|---|---|---|---|---|---|
| cos θ | 1 | √3/2 | √2/2 | 1/2 | 0 |
| sin θ | 0 | 1/2 | √2/2 | √3/2 | 1 |
Soit z = 1 + i. On a a = 1 et b = 1.
|z| = √(1² + 1²) = √2.
cos θ = 1/√2 = √2/2 et sin θ = 1/√2 = √2/2.
L'angle π/4 a pour cosinus √2/2 et pour sinus √2/2. Donc |1 + i| = √2 et arg(1 + i) = π/4 [2π].
Soit z = −1 + i√3. On a a = −1 et b = √3.
|z| = √((−1)² + (√3)²) = √(1 + 3) = √4 = 2.
cos θ = −1/2 et sin θ = √3/2.
Le sinus est positif et le cosinus négatif : θ est entre π/2 et π. L'angle π/3 a pour cosinus 1/2 et pour sinus √3/2. L'angle π − π/3 = 2π/3 a le même sinus et un cosinus opposé :
cos(2π/3) = −1/2 et sin(2π/3) = √3/2.
Donc |−1 + i√3| = 2 et arg(−1 + i√3) = 2π/3 [2π].
Argument du conjugué et de l'opposé
Le point d'affixe est le symétrique de M par rapport à l'axe réel : l'angle change de signe. Le point d'affixe −z est le symétrique de M par rapport à O : on ajoute un demi-tour.
Pour tout nombre complexe z non nul :
- arg() = −arg(z) [2π] ;
- arg(−z) = arg(z) + π [2π].
Par exemple, arg(1 − i) = −π/4 et arg(−1 − i) = π/4 + π = 5π/4, c'est-à-dire −3π/4 à 2π près.
Le module et l'argument permettent d'écrire z sous forme trigonométrique : c'est l'objet de la page formes trigonométrique et exponentielle.
Exercices
Exercice 1
Calculer le module des nombres complexes suivants :
z1 = 3 − 4i ; z2 = −2i ; z3 = (1 + i)(3 − 4i) ; z4 = ; z5 = (1 − i)10.
Exercice 2
Déterminer le module et un argument des nombres complexes suivants :
z1 = −3 ; z2 = 2i ; z3 = √3 − i ; z4 = −2 − 2i.
Exercice 3
Dans le plan complexe, on considère les points A, B et C d'affixes respectives zA = 1 + 2i, zB = 4 + 6i et zC = −3 + 5i.
1. Calculer les distances AB, AC et BC. Quelle est la nature du triangle ABC ?
2. Déterminer l'ensemble des points M d'affixe z tels que |z − 1 − 2i| = 5. Les points B et C appartiennent-ils à cet ensemble ?
Corrections
Correction de l'exercice 1
|z1| = √(3² + (−4)²) = √(9 + 16) = √25 = 5.
|z2| = √(0² + (−2)²) = √4 = 2.
Pour z3, on utilise le module d'un produit :
|z3| = |1 + i| × |3 − 4i| = √2 × 5 = 5√2.
Pour z4, on utilise le module d'un quotient :
|1 + 2i| = √(1 + 4) = √5 et |2 − i| = √(4 + 1) = √5 ;
donc |z4| = √5/√5 = 1.
Pour z5, on utilise le module d'une puissance :
|1 − i| = √(1 + 1) = √2 ;
donc |z5| = (√2)10 = 25 = 32.
On remarque qu'il n'a pas été nécessaire de calculer la forme algébrique de z3, z4 et z5.
Correction de l'exercice 2
z1 = −3 est un réel strictement négatif : |z1| = 3 et arg(z1) = π [2π].
z2 = 2i est un imaginaire pur de partie imaginaire positive : |z2| = 2 et arg(z2) = π/2 [2π].
z3 = √3 − i : on a a = √3 et b = −1.
|z3| = √((√3)² + (−1)²) = √(3 + 1) = 2 ;
cos θ = √3/2 et sin θ = −1/2.
L'angle π/6 a pour cosinus √3/2 et pour sinus 1/2. L'angle −π/6 a le même cosinus et un sinus opposé, donc arg(z3) = −π/6 [2π].
z4 = −2 − 2i : on a a = −2 et b = −2.
|z4| = √((−2)² + (−2)²) = √8 = 2√2 ;
cos θ = −2/(2√2) = −1/√2 = −√2/2 et sin θ = −√2/2.
Le cosinus et le sinus sont tous les deux négatifs : θ est entre −π et −π/2. L'angle π/4 a pour cosinus et pour sinus √2/2 ; l'angle π/4 + π = 5π/4 a un cosinus et un sinus opposés. Donc arg(z4) = 5π/4 [2π], c'est-à-dire arg(z4) = −3π/4 [2π] (mesure principale).
On pouvait aussi remarquer que z4 = −2(1 + i), donc z4 est l'opposé de 2(1 + i), qui a pour argument π/4.
Correction de l'exercice 3
1. On utilise AB = |zB − zA|.
zB − zA = (4 + 6i) − (1 + 2i) = 3 + 4i, donc AB = √(9 + 16) = √25 = 5.
zC − zA = (−3 + 5i) − (1 + 2i) = −4 + 3i, donc AC = √(16 + 9) = √25 = 5.
zC − zB = (−3 + 5i) − (4 + 6i) = −7 − i, donc BC = √(49 + 1) = √50 = 5√2.
On a AB = AC, donc le triangle ABC est isocèle en A.
De plus, AB² + AC² = 25 + 25 = 50 = BC². D'après la réciproque du théorème de Pythagore, le triangle ABC est rectangle en A.
Le triangle ABC est donc rectangle et isocèle en A.
2. On a z − 1 − 2i = z − (1 + 2i) = z − zA, donc |z − 1 − 2i| = AM.
La condition |z − 1 − 2i| = 5 s'écrit AM = 5. L'ensemble cherché est le cercle de centre A et de rayon 5.
D'après la question 1, AB = 5 et AC = 5 : les points B et C appartiennent à ce cercle.