Forme algébrique d'un nombre complexe
Nous avons vu dans la page construction de ℂ que tout nombre complexe z s'écrit de façon unique z = a + ib, avec a et b réels. C'est la forme algébrique de z : a est la partie réelle Re(z) et b est la partie imaginaire Im(z).
Dans cette page, on apprend à calculer dans ℂ et à donner le résultat sous forme algébrique.
1) Somme et produit de deux nombres complexes
Les règles de calcul dans ℂ sont les mêmes que dans ℝ. Il suffit de calculer comme avec des réels, puis de remplacer i² par −1.
Soient z = a + ib et z' = a' + ib' deux nombres complexes, avec a, b, a', b' réels :
- z + z' = (a + a') + i(b + b') ;
- z × z' = (aa' − bb') + i(ab' + a'b).
Il n'est pas utile d'apprendre la formule du produit par cœur : on développe, puis on utilise i² = −1.
Calculons la somme (2 + 3i) + (1 − i) :
(2 + 3i) + (1 − i) = (2 + 1) + (3 − 1)i = 3 + 2i.
Calculons le produit (2 + 3i)(1 − i). On développe :
(2 + 3i)(1 − i) = 2 × 1 − 2 × i + 3i × 1 − 3i × i ;
(2 + 3i)(1 − i) = 2 − 2i + 3i − 3i² ;
(2 + 3i)(1 − i) = 2 + i − 3 × (−1) ;
(2 + 3i)(1 − i) = 2 + i + 3 = 5 + i.
L'opposé de z = a + ib est −z = −a − ib. La différence z − z' est égale à z + (−z'), c'est-à-dire (a − a') + i(b − b').
2) Puissances de i
Calculons les premières puissances de i :
i1 = i ;
i2 = −1 ;
i3 = i2 × i = −1 × i = −i ;
i4 = i3 × i = −i × i = −i2 = 1 ;
i5 = i4 × i = 1 × i = i.
On retrouve i : les puissances de i se répètent de 4 en 4.
Pour tout entier naturel k :
- i4k = 1 ;
- i4k+1 = i ;
- i4k+2 = −1 ;
- i4k+3 = −i.
En effet, i4k = (i4)k = 1k = 1, puis on multiplie par i, i² ou i³.
Calculons i15. On divise 15 par 4 : 15 = 4 × 3 + 3.
i15 = (i4)3 × i3 = 1 × (−i) = −i.
3) Identités remarquables
Comme les règles de calcul sont les mêmes que dans ℝ, les identités remarquables restent vraies dans ℂ.
Pour tous nombres complexes z et z' :
- (z + z')² = z² + 2zz' + z'² ;
- (z − z')² = z² − 2zz' + z'² ;
- (z + z')(z − z') = z² − z'².
Avec a et b réels, on obtient deux formules très utiles :
(a + ib)² = a² + 2iab + i²b² = (a² − b²) + 2abi ;
(a + ib)(a − ib) = a² − (ib)² = a² − i²b² = a² + b².
La dernière formule est importante : le produit (a + ib)(a − ib) est un réel positif. Nous l'utiliserons pour calculer des inverses.
(3 + i)² = 9 + 6i + i² = 9 + 6i − 1 = 8 + 6i.
(1 + i)² = 1 + 2i + i² = 1 + 2i − 1 = 2i.
On en déduit (1 + i)4 = ((1 + i)²)² = (2i)² = 4i² = −4.
(2 + 5i)(2 − 5i) = 2² + 5² = 4 + 25 = 29.
4) Conjugué d'un nombre complexe
Soit z = a + ib un nombre complexe, avec a et b réels. On appelle conjugué de z le nombre complexe .
On change simplement le signe de la partie imaginaire.
Le conjugué de 2 + 3i est 2 − 3i.
Le conjugué de −1 − i est −1 + i.
Le conjugué de 5 est 5, le conjugué de 4i est −4i.
Dans le plan complexe, les points d'affixes z et ont la même abscisse et des ordonnées opposées : ils sont symétriques par rapport à l'axe réel.
a) Premières propriétés
Soit z = a + ib un nombre complexe, avec a et b réels :
- ;
- ;
- , c'est un réel positif ou nul ;
- z est réel si, et seulement si, ;
- z est imaginaire pur si, et seulement si, .
Démonstration
On a z + = (a + ib) + (a − ib) = 2a et z − = (a + ib) − (a − ib) = 2ib.
Le produit z × = (a + ib)(a − ib) = a² + b² a été calculé au 3). C'est une somme de deux carrés de réels, donc un réel positif ou nul.
= z équivaut à z − = 0, c'est-à-dire 2ib = 0, donc b = 0 : z est réel.
= −z équivaut à z + = 0, c'est-à-dire 2a = 0, donc a = 0 : z est imaginaire pur.
b) Conjugué et opérations
Pour tous nombres complexes z et z', et pour tout entier naturel n ≥ 1 :
- ;
- ;
- ;
- si z' ≠ 0, .
Démonstration pour la somme et le produit
Posons z = a + ib et z' = a' + ib', avec a, b, a', b' réels.
Pour la somme : z + z' = (a + a') + i(b + b'), donc son conjugué est (a + a') − i(b + b').
D'autre part, + = (a − ib) + (a' − ib') = (a + a') − i(b + b'). Les deux résultats sont égaux.
Pour le produit : z × z' = (aa' − bb') + i(ab' + a'b), donc son conjugué est (aa' − bb') − i(ab' + a'b).
D'autre part :
× = (a − ib)(a' − ib') = aa' − iab' − ia'b + i²bb' ;
× = (aa' − bb') − i(ab' + a'b).
Les deux résultats sont égaux. La propriété des puissances s'en déduit par récurrence, en appliquant celle du produit.
5) Inverse et quotient
Soit z = a + ib un nombre complexe non nul. Alors a et b ne sont pas tous les deux nuls, donc a² + b² ≠ 0.
L'idée est de multiplier le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur. Le dénominateur devient alors le réel a² + b² :
.
Pour écrire un quotient sous forme algébrique, on multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur.
Écrivons 1/(1 + i) sous forme algébrique. Le conjugué de 1 + i est 1 − i :
.
Donc 1/(1 + i) = 1/2 − (1/2)i.
Vérification : (1 + i)(1 − i) = 1 + 1 = 2, donc (1 + i) × (1 − i)/2 = 1.
Écrivons (3 + 2i)/(1 − 2i) sous forme algébrique. Le conjugué de 1 − 2i est 1 + 2i :
.
Au numérateur : (3 + 2i)(1 + 2i) = 3 + 6i + 2i + 4i² = 3 + 8i − 4 = −1 + 8i.
Au dénominateur : (1 − 2i)(1 + 2i) = 1² + 2² = 5.
Donc (3 + 2i)/(1 − 2i) = (−1 + 8i)/5 = −1/5 + (8/5)i.
Le module, que nous verrons dans la page module et argument, permet d'écrire z × = |z|².
Exercices
Exercice 1
Écrire sous forme algébrique les nombres complexes suivants :
a) (3 − 2i) + (−1 + 5i) ; b) (1 + 2i)(3 − i) ; c) (2 − i)² ; d) (1 + 2i)³ ; e) i2026.
Exercice 2
Écrire sous forme algébrique les quotients suivants :
a) ; b) ; c) .
Exercice 3
Résoudre dans ℂ les équations suivantes, d'inconnue z :
a) (1 + i)z = 3 − i ;
b) 2z + = 6 − 2i.
Corrections
Correction de l'exercice 1
a) On regroupe les parties réelles et les parties imaginaires :
(3 − 2i) + (−1 + 5i) = (3 − 1) + (−2 + 5)i = 2 + 3i.
b) On développe :
(1 + 2i)(3 − i) = 3 − i + 6i − 2i² = 3 + 5i + 2 = 5 + 5i.
c) On utilise l'identité remarquable (a − b)² = a² − 2ab + b² :
(2 − i)² = 4 − 4i + i² = 4 − 4i − 1 = 3 − 4i.
d) On calcule d'abord le carré :
(1 + 2i)² = 1 + 4i + 4i² = 1 + 4i − 4 = −3 + 4i ;
puis on multiplie par 1 + 2i :
(1 + 2i)³ = (−3 + 4i)(1 + 2i) = −3 − 6i + 4i + 8i² = −3 − 2i − 8 = −11 − 2i.
e) On divise 2026 par 4 : 2026 = 4 × 506 + 2.
i2026 = (i4)506 × i² = 1 × (−1) = −1.
Correction de l'exercice 2
Dans chaque cas, on multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur.
a) Le conjugué de 3 − 4i est 3 + 4i.
Numérateur : (2 + i)(3 + 4i) = 6 + 8i + 3i + 4i² = 6 + 11i − 4 = 2 + 11i.
Dénominateur : (3 − 4i)(3 + 4i) = 3² + 4² = 9 + 16 = 25.
Donc (2 + i)/(3 − 4i) = (2 + 11i)/25 = 2/25 + (11/25)i.
b) Le conjugué de 1 − i est 1 + i.
Numérateur : (1 + i)(1 + i) = 1 + 2i + i² = 2i.
Dénominateur : (1 − i)(1 + i) = 1² + 1² = 2.
Donc (1 + i)/(1 − i) = 2i/2 = i.
c) Le conjugué de 2 − i est 2 + i.
1/(2 − i) = (2 + i)/((2 − i)(2 + i)) = (2 + i)/(2² + 1²) = (2 + i)/5 = 2/5 + (1/5)i.
Correction de l'exercice 3
a) Comme 1 + i ≠ 0, on peut diviser par 1 + i :
z = (3 − i)/(1 + i).
On multiplie le numérateur et le dénominateur par 1 − i :
z = (3 − i)(1 − i)/((1 + i)(1 − i)) = (3 − 3i − i + i²)/2 = (2 − 4i)/2 = 1 − 2i.
Vérification : (1 + i)(1 − 2i) = 1 − 2i + i − 2i² = 1 − i + 2 = 3 − i.
L'équation a une seule solution : z = 1 − 2i.
b) Ici, z et son conjugué apparaissent tous les deux. On pose z = x + iy, avec x et y réels. Alors = x − iy et :
2z + = 2x + 2iy + x − iy = 3x + iy.
L'équation devient 3x + iy = 6 − 2i. Par unicité de la forme algébrique, on identifie les parties réelles et les parties imaginaires :
3x = 6 et y = −2 ;
donc x = 2 et y = −2.
Vérification : 2(2 − 2i) + (2 + 2i) = 4 − 4i + 2 + 2i = 6 − 2i.
L'équation a une seule solution : z = 2 − 2i.