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Suites en mathématiques

Nombres complexes

Forme trigonométrique et forme exponentielle d'un nombre complexe

Sur cette page, nous utilisons le module et l'argument d'un nombre complexe, vus à la page module et argument. Les calculs en forme algébrique (produit, quotient, conjugué) sont rappelés à la page forme algébrique.

1) Forme trigonométrique

Soit z un nombre complexe non nul, de module r = |z| et d'argument θ. Le point M d'affixe z est à la distance r de l'origine O, et l'angle entre l'axe des réels et la demi-droite [OM) est θ.

Les coordonnées de M sont alors (r cos θ ; r sin θ). La partie réelle de z est donc r cos θ et sa partie imaginaire est r sin θ.

On a donc z = r cos θ + i r sin θ = r(cos θ + i sin θ).

Soit z un nombre complexe non nul de module r et d'argument θ. L'écriture z = r(cos θ + i sin θ) s'appelle une forme trigonométrique de z.

On dit « une » forme trigonométrique car l'argument n'est défini qu'à 2π près : r(cos θ + i sin θ) et r(cos(θ + 2π) + i sin(θ + 2π)) désignent le même nombre.

Passage de la forme algébrique à la forme trigonométrique

Soit z = a + ib avec a et b réels, z ≠ 0. On calcule d'abord le module r = √(a² + b²).

On cherche ensuite un réel θ tel que :

cosθ=ar et sinθ=br.

z = 1 + i.

r = √(1² + 1²) = √2.

cos θ = 1/√2 = √2/2 et sin θ = 1/√2 = √2/2 ;

donc θ = π/4 convient.

1 + i = √2(cos π/4 + i sin π/4).

z = −2i.

r = √(0² + (−2)²) = 2.

cos θ = 0/2 = 0 et sin θ = −2/2 = −1 ;

donc θ = −π/2 convient.

−2i = 2(cos(−π/2) + i sin(−π/2)).

z = −√3 + i.

r = √((−√3)² + 1²) = √(3 + 1) = √4 = 2.

cos θ = −√3/2 et sin θ = 1/2 ;

donc θ = 5π/6 convient (le cosinus est négatif et le sinus positif, le point est dans le deuxième quart du plan).

−√3 + i = 2(cos 5π/6 + i sin 5π/6).

Passage de la forme trigonométrique à la forme algébrique

Il suffit de calculer cos θ et sin θ puis de développer.

z = 4(cos 2π/3 + i sin 2π/3).

cos 2π/3 = −1/2 et sin 2π/3 = √3/2 ;

z = 4(−1/2 + i√3/2) = −2 + 2i√3.

2) Notation exponentielle

Pour tout réel θ, le nombre cos θ + i sin θ a pour module √(cos² θ + sin² θ) = 1 et pour argument θ. On lui donne une notation plus courte.

Pour tout réel θ, on pose eiθ=cosθ+isinθ.

Le point d'affixe eiθ est le point du cercle de centre O et de rayon 1 (le cercle trigonométrique) repéré par l'angle θ.

O1−1i−iM : eⁱᶿcos θsin θθ
Le cercle trigonométrique et le point M d'affixe eiθ = cos θ + i sin θ (ici θ = π/3).

ei0 = cos 0 + i sin 0 = 1 ;

eiπ/2 = cos π/2 + i sin π/2 = i ;

eiπ = cos π + i sin π = −1.

Si z est un nombre complexe non nul de module r et d'argument θ, on a z = r(cos θ + i sin θ), c'est-à-dire z = reiθ.

L'écriture z = reiθ, avec r = |z| > 0 et θ un argument de z, s'appelle une forme exponentielle de z.

D'après la partie 1 :

1 + i = √2 eiπ/4 ;

−2i = 2e−iπ/2 ;

−√3 + i = 2e5iπ/6.

Propriétés de la notation exponentielle

Pour tous réels θ et θ', eiθ×eiθ'=ei(θ+θ').

Démonstration

Nous développons le produit, en utilisant i² = −1 :

eiθ × eiθ' = (cos θ + i sin θ)(cos θ' + i sin θ') ;

eiθ × eiθ' = cos θ cos θ' + i cos θ sin θ' + i sin θ cos θ' + i² sin θ sin θ' ;

eiθ × eiθ' = (cos θ cos θ' − sin θ sin θ') + i(sin θ cos θ' + cos θ sin θ').

Or, d'après les formules d'addition de trigonométrie, cos θ cos θ' − sin θ sin θ' = cos(θ + θ') et sin θ cos θ' + cos θ sin θ' = sin(θ + θ').

Donc eiθ × eiθ' = cos(θ + θ') + i sin(θ + θ') = ei(θ + θ').

Cette propriété ressemble à la règle ea × eb = ea + b de la fonction exponentielle : c'est ce qui justifie la notation.

Pour tout réel θ :

  • 1eiθ=e−iθ ;
  • le conjugué de eiθ est e−iθ.

Démonstration

D'après la propriété précédente, eiθ × e−iθ = ei(θ − θ) = ei0 = 1. Donc e−iθ est l'inverse de eiθ.

Le conjugué de eiθ = cos θ + i sin θ est cos θ − i sin θ.

Or cos(−θ) = cos θ et sin(−θ) = −sin θ, donc cos θ − i sin θ = cos(−θ) + i sin(−θ) = e−iθ.

Produit et quotient en forme exponentielle

Soit z = reiθ et z' = r'eiθ' deux nombres complexes non nuls.

zz' = reiθ × r'eiθ' = rr' × eiθeiθ' = rr'ei(θ + θ').

z/z' = (r/r') × eiθ × (1/eiθ') = (r/r') × eiθe−iθ' = (r/r')ei(θ − θ').

Pour multiplier deux nombres complexes en forme exponentielle, on multiplie les modules et on ajoute les arguments : reiθ×r'eiθ'=rr'ei(θ+θ'). Pour les diviser, on divise les modules et on soustrait les arguments : reiθr'eiθ'=rr'ei(θ−θ').

Calculons (1 + i)(−√3 + i) de deux façons.

En forme exponentielle : (1 + i)(−√3 + i) = √2 eiπ/4 × 2e5iπ/6 = 2√2 ei(π/4 + 5π/6) = 2√2 e13iπ/12.

En forme algébrique : (1 + i)(−√3 + i) = −√3 + i − i√3 + i² = (−1 − √3) + i(1 − √3).

Vérifions le module : (−1 − √3)² + (1 − √3)² = (1 + 2√3 + 3) + (1 − 2√3 + 3) = 8, et √8 = 2√2.

(1 + i)/(−2i) = √2 eiπ/4 / (2e−iπ/2) = (√2/2) ei(π/4 + π/2) = (√2/2) e3iπ/4.

3) Formule de Moivre

Pour tout réel θ et pour tout entier naturel n : (cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ), c'est-à-dire (eiθ)n=einθ.

Démonstration

Nous faisons un raisonnement par récurrence. Soit θ un réel fixé et P(n) l'énoncé « (cos θ + i sin θ)n = cos(nθ) + i sin(nθ) ».

i) P(0) est vrai : (cos θ + i sin θ)0 = 1 et cos(0 × θ) + i sin(0 × θ) = cos 0 + i sin 0 = 1.

ii) Soit p un entier ≥ 0 tel que P(p) soit vrai. Nous avons donc par hypothèse (cos θ + i sin θ)p = cos(pθ) + i sin(pθ), c'est-à-dire (eiθ)p = eipθ.

(eiθ)p+1 = (eiθ)p × eiθ ;

(eiθ)p+1 = eipθ × eiθ (hypothèse de récurrence) ;

(eiθ)p+1 = ei(pθ + θ) (propriété du produit) ;

(eiθ)p+1 = ei(p+1)θ = cos((p + 1)θ) + i sin((p + 1)θ).

Donc P(p+1) est vrai.

Conclusion : P(n) est vrai pour tout entier naturel n.

On en déduit, pour un nombre complexe z = reiθ et un entier naturel n :

zn = (reiθ)n = rneinθ. Le module de zn est rn et nθ est un argument de zn.

Calculons (1 + i)8.

Développer à la main serait long. Nous utilisons la forme exponentielle 1 + i = √2 eiπ/4 :

(1 + i)8 = (√2)8 e8iπ/4 = 16e2iπ.

Or e2iπ = cos 2π + i sin 2π = 1.

Donc (1 + i)8 = 16.

Avec n = 2, la formule de Moivre donne (cos θ + i sin θ)² = cos 2θ + i sin 2θ.

En développant le membre de gauche : (cos θ + i sin θ)² = cos² θ + 2i sin θ cos θ + i² sin² θ = (cos² θ − sin² θ) + i(2 sin θ cos θ).

En identifiant les parties réelles et les parties imaginaires, nous retrouvons :

cos 2θ = cos² θ − sin² θ et sin 2θ = 2 sin θ cos θ.

4) Formules d'Euler

Pour tout réel θ, nous avons :

eiθ = cos θ + i sin θ ;

e−iθ = cos(−θ) + i sin(−θ) = cos θ − i sin θ.

En ajoutant ces deux égalités : eiθ + e−iθ = 2 cos θ.

En les soustrayant : eiθ − e−iθ = 2i sin θ.

Pour tout réel θ : cosθ=eiθ+e−iθ2 et sinθ=eiθ−e−iθ2i.

Application : linéarisation de cos² θ

Linéariser cos² θ, c'est l'écrire sans puissance, à l'aide de cosinus d'angles multiples (cos 2θ, cos 3θ…). C'est utile par exemple pour calculer une primitive.

cos² θ = ((eiθ + e−iθ)/2)² ;

cos² θ = (e2iθ + 2eiθe−iθ + e−2iθ)/4 ;

cos² θ = (e2iθ + e−2iθ + 2)/4 car eiθe−iθ = e0 = 1 ;

cos² θ = (2 cos 2θ + 2)/4 d'après la formule d'Euler appliquée à 2θ ;

cos² θ = (1 + cos 2θ)/2.

Pour tout réel θ : cos2θ=1+cos2θ2.

Vérifions avec θ = 0 : cos² 0 = 1 et (1 + cos 0)/2 = (1 + 1)/2 = 1.

Exercices

Exercice 1

1. Écrire sous forme exponentielle les nombres complexes suivants : z1 = 1 − i ; z2 = 2√3 + 2i ; z3 = −5.

2. Écrire sous forme algébrique le nombre complexe z4 = 3e−iπ/3.

Voir la correction

Exercice 2

On pose a = 1 + i√3 et b = 1 + i.

1. Écrire a et b sous forme exponentielle.

2. En déduire la forme exponentielle de a/b.

3. Calculer a/b sous forme algébrique.

4. En déduire les valeurs exactes de cos(π/12) et de sin(π/12).

5. Calculer a6.

Voir la correction

Exercice 3

À l'aide des formules d'Euler, linéariser cos³ θ, c'est-à-dire l'écrire en fonction de cos 3θ et de cos θ.

Voir la correction

Corrections

Correction de l'exercice 1

1. Pour z1 = 1 − i :

|z1| = √(1² + (−1)²) = √2 ;

cos θ = 1/√2 = √2/2 et sin θ = −1/√2 = −√2/2, donc θ = −π/4 convient ;

z1 = √2 e−iπ/4.

Pour z2 = 2√3 + 2i :

|z2| = √((2√3)² + 2²) = √(12 + 4) = √16 = 4 ;

cos θ = 2√3/4 = √3/2 et sin θ = 2/4 = 1/2, donc θ = π/6 convient ;

z2 = 4eiπ/6.

Pour z3 = −5 :

|z3| = 5 ;

cos θ = −5/5 = −1 et sin θ = 0, donc θ = π convient ;

z3 = 5eiπ.

2. z4 = 3e−iπ/3 = 3(cos(−π/3) + i sin(−π/3)) = 3(1/2 − i√3/2) = 3/2 − (3√3/2)i.

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Correction de l'exercice 2

1. |a| = √(1 + 3) = 2, cos θ = 1/2 et sin θ = √3/2, donc θ = π/3 convient : a = 2eiπ/3.

Nous avons vu dans le cours que b = 1 + i = √2 eiπ/4.

2. On divise les modules et on soustrait les arguments :

a/b = (2/√2) ei(π/3 − π/4) = √2 eiπ/12.

3. On multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué 1 − i de b :

a/b = (1 + i√3)(1 − i) / ((1 + i)(1 − i)) ;

a/b = (1 − i + i√3 − i²√3) / (1 − i²) ;

a/b = (1 + √3 + i(√3 − 1)) / 2 ;

a/b = (1 + √3)/2 + i(√3 − 1)/2.

4. D'après la question 2, a/b = √2 eiπ/12 = √2 cos(π/12) + i√2 sin(π/12).

En identifiant les parties réelles et imaginaires avec la question 3 :

√2 cos(π/12) = (1 + √3)/2, donc cos(π/12) = (1 + √3)/(2√2) = (√2 + √6)/4 ;

√2 sin(π/12) = (√3 − 1)/2, donc sin(π/12) = (√3 − 1)/(2√2) = (√6 − √2)/4.

(On a multiplié le numérateur et le dénominateur par √2 : (1 + √3)√2 = √2 + √6 et 2√2 × √2 = 4.)

5. D'après la formule de Moivre :

a6 = 26 e6iπ/3 = 64e2iπ = 64.

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Correction de l'exercice 3

On utilise cos θ = (eiθ + e−iθ)/2 et l'identité (A + B)³ = A³ + 3A²B + 3AB² + B³.

cos³ θ = (eiθ + e−iθ)³ / 8 ;

cos³ θ = (e3iθ + 3e2iθe−iθ + 3eiθe−2iθ + e−3iθ) / 8 ;

cos³ θ = (e3iθ + 3eiθ + 3e−iθ + e−3iθ) / 8 ;

cos³ θ = ((e3iθ + e−3iθ) + 3(eiθ + e−iθ)) / 8 ;

cos³ θ = (2 cos 3θ + 6 cos θ) / 8 ;

cos³ θ = (cos 3θ + 3 cos θ) / 4.

Vérification avec θ = 0 : cos³ 0 = 1 et (cos 0 + 3 cos 0)/4 = 4/4 = 1.

D'autres exercices sont proposés à la page exercices sur les nombres complexes.

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